On ne cesse jamais d’apprendre!

De Katja Geis, 23. août 2018

Apprendre quelque chose de complètement nouveau à l’âge adulte? C’est plus simple que ce que l’on pense. Nous pouvons en effet entraîner notre cerveau comme un muscle. Toute notre vie, jusqu’à un âge avancé. Au lieu des Sudoku ou des mots croisés, nous pouvons nous adonner à des tâches plus complexes. Pour une meilleure qualité de vie, voire même pour un nouveau départ professionnel.

Au début, ça sonnait faux. Aujourd’hui, quand la dame de l’appartement au-dessus de chez moi joue de la contrebasse, le résultat est plus que probant . À presque 70 ans, elle a fait venir une professeur de musique chez elle. Elle n’a pas douté une seconde qu’elle pourrait être trop vieille pour un instrument aussi compliqué. Depuis, ma voisine a rejoint un orchestre, reçoit elle-même des étudiants en musique, compose ses propres morceaux. Elle est l’exemple parfait du fait qu’on peut apprendre quelque chose de nouveau même à un âge avancé. Et que la joie du travail créatif n’est pas seulement réservée aux jeunes. Tout comme Giuseppe Verdi, qui a composé son opéra Otello à l’âge de 73 ans, âge qu’avait aussi Thomas Mann lorsqu’il a mis sur papier «Felix Krull».

Richard Strauss a vécu jusqu’à l’âge de 85 ans, Goethe et Victor Hugo jusqu’à 83 ans, Michel-Ange jusqu’à 89 ans et Titien jusqu’à 99 ans. Est-ce une coïncidence si de nombreux compositeurs, poètes et peintres ont vécu aussi longtemps? Personne ne le sait. Une chose est sûre: pour les artistes, c’est souvent après 50 ans que les choses commencent vraiment à se développer - pensez à l’œuvre tardive de Picasso. Rien ne nous empêche donc de prendre un nouveau départ à l’âge adulte. Y compris et surtout quand il s’agit de choses que nous n’avons encore jamais vécues jusqu’à présent. Notre cerveau est heureux lorsque nous le nourrissons: Nos cellules cérébrales peuvent se mettre en réseau encore et encore jusqu’à un âge avancé et générer ainsi les structures nécessaires à des expériences d’apprentissage et à des capacités totalement nouvelles. Cela signifie que nous pouvons à tout moment nous lancer en pleine confiance dans des disciplines inconnues, même sans expérience préalable.

Gerhard Roth, professeur de physiologie du comportementale et de neurobiologie du développement à l’Université de Brême, considère que trois facteurs en particulier sont responsables des performances de notre cerveau: les gènes, l’environnement et l’exercice. Les gènes et l’environnement dans lequel nous avons évolué dans notre enfance comptent pour environ 30 à 40%. Le reste dépend de nous. «Nous pouvons améliorer nos performances cognitives en nous entraînant», explique Roth. D’ailleurs, il n’est pas nécessaire de recourir à un instrument aussi complexe que la contrebasse pour maintenir nos cellules grises en forme. «Pratiquez avec l’autre main les activités que vous faites habituellement avec votre main de prédilection», conseille l’assurance maladie Central dans sa brochure «Unser Gedächtnis» (Notre mémoire). Si vous répétez souvent cet exercice simple, vous constaterez rapidement des premiers succès.

Entraînement musculaire dans la tête

Mais comment fonctionne l’apprentissage? Pour Manfred Spitzer, Professeur à Ulm, psychiatre et directeur du Transferzentrum für Neurowissenschaften und Lernen (centre de transfert pour les neurosciences et l’apprentissage), la pratique régulière de la musique offre au cerveau une sorte de cure de jouvence et crée même de nouvelles connexions neuronales. Les exercices quotidiens des doigts tout en regardant des notes «entraînent de manière idéale le muscle dans la tête». Il est vrai que la coordination tête-motricité est une tâche très complexe. C’est pourquoi les débutants ne doivent pas s’attendre à des résultats trop rapides. Ce n’est qu’avec le temps et une pratique constante que ce processus deviendra de plus en plus automatique, lorsque nous avons accès à ce que nous avons déjà appris pour le consolider davantage. Les enseignants conseillent également de ne pas trop en faire. Il est plus efficace de s’entraîner pendant une demi-heure cinq fois par semaine que pendant deux heures et demie une fois par semaine.

En fait, l’apprentissage d’un instrument à l’âge adulte moyen ou avancé est une expérience de développement personnel hors du commun. Avant que les mains fassent sans faillir ce que la tête leur demande, de nombreuses qualités sont requises: la tolérance à la frustration, la patience, la persévérance, le dévouement, la discipline. Elisabeth Stern, spécialiste de l’apprentissage, décrit la récompense de l’effort: «C’est voluptueux et motivant quand on réalise qu’on peut faire quelque chose. Je ne pouvais pas contrôler une situation avant, maintenant je le peux. L’apprentissage à proprement parler est douloureux au début, car nous devons mettre en attente des choses plus agréables. Mais le sentiment d’accomplissement que nous ressentons lorsque nous maîtrisons soudain quelque chose nous rend heureux et nous pousse à en vouloir davantage.»

Selon son collègue Eckart Altenmüller, les adultes ont toutefois tendance à trop analyser leurs progrès et à développer ensuite une image négative d’eux-mêmes «parce qu’ils se comparent aux grands musiciens des médias». Sa recette contre la frustration: de bons enseignants qui concentrent l’attention de l’apprenant sur la joie de «pouvoir s’exprimer avec l’instrument de manière ludique et fortement improvisée». Ce que l’on appelait autrefois péjorativement «gratter» ou «pianoter» est un processus important. Ce jeu exploratoire permet d’apprendre à connaître son instrument. Ceux qui jouent en lisant une partition sont plus attentifs aux erreurs. C'est l’un des principaux obstacles à l’éducation des adultes. L’idée d’explorer et d’essayer, de se forger ses propres idées, ne se limite bien sûr pas à la musique. Elle est tout aussi recommandée pour la peinture, l’écriture, la danse, le théâtre, la cuisine.

Apprendre augmente la durée de vie

De nombreuses personnes de la génération des plus de 50 ans se plaignent que le temps semble passer de plus en plus vite. Les jours, les semaines, les mois, les années défilent à toute allure. En pratique, ce n’est pas possible. Mais il s’agit manifestement d’un phénomène collectif. Les psychologues associent principalement ce rythme perçu à nos expériences d’apprentissage individuelles. Prenons l’exemple des vacances d’été: pour les enfants, elles semblent souvent interminables. Chaque jour apporte quelque chose de nouveau: ils apprennent la langue étrangère du pays dans lequel ils passent leurs vacances, découvrent des surprises culinaires, prennent un cours de plongée, rencontrent des personnes, construisent des châteaux de sable et bien plus encore. La génération plus âgée jouit généralement de vacances plus routinières (la dixième fois que vous séjournez dans le même hôtel au bord du lac des Quatre-Cantons, vous ne vivez plus grand-chose de nouveau). C’est précisément cette routine que notre cerveau perçoit comme rapide car il ne se passe pas grand-chose de remarquable. Les phases d’apprentissage, en revanche, semblent passer plus lentement parce que nous traitons constamment de nouvelles impressions. On profite donc plus longtemps d’un voyage éducatif que de vacances à la plage. Bien entendu, ce constat s’applique à tout le reste de la vie: si vous avez l’impression que le temps file à toute allure, vous devriez probablement vous mettre au piano.

Etudier est plus important qu’essayer

D’ailleurs, il est beaucoup plus facile d’apprendre en groupe que seul. Ce n’est pas un hasard si l’on voit de plus en plus de personnes âgées dans les universités et autres établissements d’enseignement. Et beaucoup d’instituts ont réagi à cette tendance: dans de nombreuses villes de l’espace germanophone, il existe des universités «pour seniors». Le centre de gérontologie de l’Université de Zurich, par exemple, se concentre sur la recherche participative sur le vieillissement. Cela signifie que les personnes âgées ont leur mot à dire dans le cadre des recherches menées à leur sujet. Les programmes d’études proposés par le département UZH3 sont ouverts à toutes les personnes intéressées de plus de 60 ans, indépendamment de leur formation antérieure, de leur audition, de leur vue ou de leur mobilité.

Plusieurs raisons poussent les gens à se rendre dans les amphithéâtres: certains veulent rafraîchir des connaissances ensevelies ou en acquérir de nouvelles, d’autres comptent sur l’effet d’activation des nouvelles connaissances et certains veulent même se qualifier pour un emploi ultérieur dans leur vie professionnelle. Le cours «Senior Consultant» proposé à Bad Meinberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, mise sur ce point: il permet aux diplômés de mettre leurs connaissances nouvellement acquises à la disposition d’entreprises établies en combinaison avec leur expérience professionnelle antérieure. Les «Senior Consultants» formés travaillent sur une base honoraire, et leurs conseils sont apparemment très demandés, notamment par les jeunes collègues.

La marionnettiste

Il y a aussi cette Japonaise désormais célèbre de 83 ans. Masako Wakamiya n’est jamais allée à l’université. Tout au long de sa vie, elle a travaillé comme simple employée de banque jusqu’à sa retraite dans les années 1990, à l’âge de 60 ans. Wakamiya a acheté son premier ordinateur et a commencé à recréer sous forme numérique des modèles de tricot dans Excel, a découvert les jeux en ligne et fait de nouvelles connaissances via Internet. Avec beaucoup d’enthousiasme, elle s’est acheté un smartphone, mais elle n'était pas entièrement satisfaite des applications. Elles étaient tous destinées aux jeunes générations. Madame Wakamiya a donc contacté une société de logiciels et lui a demandé de développer une application de jeu pour les personnes âgées. Le directeur général a pensé que ce serait une bonne idée qu’elle réalise elle-même ce souhait, et il a appris via Internet à cette passionnée de jeux comment programmer sa propre application. Le résultat est «Hinadan», un jeu dans lequel des poupées en costume traditionnel japonais doivent être placées dans le bon ordre, et qui a déjà été téléchargé plus de 80 000 fois à ce jour. Tim Cook, le patron d’Apple, s’est montré enthousiaste et a invité la Japonaise à la conférence des développeurs WWDC en Californie. Les Nations Unies l’ont fait venir à New York, où Madame Wakamiya a donné une conférence sur les compétences numériques des personnes âgées.

«À l’ère de l’Internet, lorsque vous cessez d’apprendre, cela a un impact sur votre vie quotidienne»,a déclaré la femme de 83 ans aux journalistes abasourdis. Parallèlement, Madame Wakamiya a également publié quelques livres, dont l’un est intitulé «Après 60 ans, la vie devient plus intéressante».

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